Le sanctuaire

«Ma table de travail était devenue un sanctuaire et tant que je continuais de m’y asseoir et de lutter pour trouver le mot suivant, rien ne pouvait plus m’atteindre : ni Fanny, ni Sachs, ni moi-même. Pour la première fois depuis des années que j’écrivais, j’avais l’impression d’avoir pris feu. Je n’aurais pu dire si le livre [que j’écrivais] était bon ou mauvais, mais cela ne me paraissait plus important. J’avais cessé de me poser des questions. Je faisais ce que j’avais à faire, et je le faisais de la seule façon qui m’était possible. Tout le reste en découlait. Il s’agissait moins d’avoir commencé à croire en moi que de me sentir habité par une indifférence sublime. J’étais devenu interchangeable avec mon travail, et j’acceptais ce travail selon ses propres termes, comprenant que rien ne pourrait me soulager du désir de l’accomplir. Telle fut l’épiphanie fondamentale, l’illumination dans laquelle le doute disparut peu à peu. Même si ma vie s’effondrait, j’aurais encore une raison de vivre.»

(Auster, Léviathan, p.168-169.)

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Photo: Homestead in Montana by Clay Gruber via CabinPorn

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